« 15 juillet 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 229-230 ], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2367, page consultée le 05 mai 2026.
15 juillet [1846], après-midi, 2 h. ¼ mercredi
Qu’est-ce que vous faites donc, mon cher petit homme, que vous ne venez pas ? J’ai
bien peur que la collaboration de Mme Pinguet avec Mamzelle Dédé ne soit le vrai motif du peu d’empressement que
vous mettez à venir me voir. Hum ! si j’en étais bien sûre, quelles bonnes gifles
je
vous donnerais et à elle aussi. Prenez garde que je ne prenne mes soupçons pour des
certitudes et que je n’agisse dans ce sens-là tout de suite et à tour de bras. Mon
pauvre bien-aimé, mon cher Victor, mon doux adoré, je te désire et je t’attends. Tâche
de venir le plus vite que tu pourras car j’ai un besoin ardent de te voir et de te
baiser.
M. Vilain aura bientôt fini le
bonnet, mais par une fâcheuse coïncidence, causée par l’orage, mes cheveux, depuis
deux jours, ne veulent pas friser sous aucun prétexte, de sorte qu’il ne pourra pas
finir le buste aujourd’hui1. J’en suis on ne peut pas
plus contrariée, pour lui et pour moi. Je sens que cela se prolonge bien au-delà de
ses prévisions et des miennes, et que cela peut le gêner dans ses affaires en outre
de
l’ennui qu’il doit en éprouver. Mais qu’y faire ? Rager dans sa peau et faire bon
visage, c’est à quoi je m’applique de mon mieux pour mon propre compte. Il faut,
pendant que j’y pense, mon cher petit homme, que je te dise que nous avons les deux
grosses reconnaissances à renouvelera le 25 de ce mois, plus Mme Sauvageot, le
mois de Suzanne et le mémoire des petites
Rivière. Je t’en avertis à l’avance pour
que tu ne sois pas pris de court et surtout pour t’obéir car rien ne me coûte
davantage, non par amour-propre mais par amour le plus tendre. Je souffre quand je
pense que je ne suis pour toi, que j’aime plus que ma vie, qu’un fardeau et un souci
de tous les instants. Tout ce qui me rappelle cette triste et incessante vérité m’est
odieux. Je voudrais pouvoir me faire illusion mais hélas, je n’y parviens pas, même
en
y mettant toute la bonne volonté possible. Pour m’y résigner, il faut que je croie
que
tu m’aimes autant que je t’aime et que tu ne peux pas plus te passer de moi que je
ne
le pourrais de toi. Est-ce vrai ? Toi seul le saisb. Quant à moi, c’est vrai, vrai, vrai.
Juliette
1 Juliette pose pour Victor Vilain.
a « renouveller ».
b « sait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
